Hôtel de Rosmadec

Hôtel de Rosmadec

Déjeuner culinaro-culturel avec Loïc Abed-Denesle au restaurant Le Bouchon le jeudi 12 avril 2018

L’Hôtel de ville, des origines à nos jours
Loïc Abed-Denesle

L’actuel Hôtel de ville de Nantes est constitué de bâtiments d’époques et de styles différents, qui se sont ajoutés les uns aux autres au fil du temps, en accompagnant le développement de la cité et du pouvoir municipal.

1. La cour d’Honneur

Le corps central

La façade actuelle, englobant l’ancien hôtel de Derval, se caractérise par cinq arcades en plein cintre au rez-de-chaussée, surmontées de mascarons et d’une frise. Celle-ci met à l’honneur les Beaux-arts et se poursuit sur les ailes latérales par les thèmes de la Guerre, du Commerce, de l’Agriculture et de l’Astrologie.

On peut y observer un cadran solaire, œuvre du lunettier Huette, décoré du thème des quatre saisons.

Le premier étage de la galerie, ornée des bustes de différents maires de Nantes, abrite l’actuel bureau du maire (salle Guillaume Harouys).

 

L’aile occidentale

Édifiée en 1606, elle est prolongée lors des travaux engagés au début du 19e siècle. Avant ces travaux d’extension, ce bâtiment en retour sur le côté gauche, à l’architecture plus ornementée et d’inspiration antique, constituait le corps de bâtiment principal.

Sa façade était ornée des statues de la Foi, de l’Espérance et de la Charité aujourd’hui disparues. De style Empire, le grand escalier à double volée, édifié en 1813 et reconstruit après guerre, permet d’accéder à la salle du Conseil municipal située au premier étage.

L’aile orientale

L’édification de l’aile Est à partir de 1822 parachève l’harmonieuse symétrie de l’hôtel de ville, qui présente un corps central avec deux ailes en retour dessinant la cour d’honneur d’un hôtel entre cour et jardin. Des tourelles d’angle couvertes d’un dôme en forme de bulbe relient les différents corps de bâtiment.

On distingue dans cette aile le salon « Bouton d’Or » de style Empire, ancien bureau du maire André Morice, et la salle des « Plaques de Bouches », pièces utilisées pour obstruer l’entrée des canons des navires et remises en cadeau à la Ville lors des escales.

Dans cette pièce sont également présentées sous vitrine, trois décorations honorifiques décernées à la Ville : la Croix de la Libération (1941), la Croix de Guerre (1939-1945) toutes deux décernées par le Général de Gaulle ; et la médaille de Verdun (1916).

 

Le portail

Monumental et orné de colonnes et de statues, le premier portail, qui ouvrait sur la rue de Verdun, est élevé de 1645 à 1648 par Jacques Malherbe. Détruit à la Révolution (ainsi que les statues qui avaient été érigées là), il est remplacé en 1814 par une porte en arc de triomphe décorée de trophées et de statues – ouvrant sur la rue Napoléon (actuelle rue de l’Hôtel de ville) – œuvre de Mathurin Peccot et de Jean Debay père.

Endommagé par les bombardements de 1943, ce portail est démoli en 1962. De cette époque date la grille actuelle d’une sobre élégance réalisée par le maître-ferronnier Subes.

Le jardin

Le jardin, constitué de terres rapportées, se découvre à l’arrière de l’Hôtel de ville. Dessiné en 1727 par l’ingénieur Jacques Goubert, sur les plans de l’architecte du Roi Gabriel, il est réaménagé en 1800 par l’architecte-voyer Fournier. Il est replanté en 1824, notamment de magnolias «grandiflora». Le premier spécimen fut ramené à Nantes en 1711 par l’amiral Barin de la Galissonnière.

La Ville, aujourd’hui conservatoire national du magnolia et du camélia, a joué au cours de son histoire un rôle notable dans l’introduction des végétaux exotiques en Europe à l’époque moderne.

L’architecte municipal Étienne Coutan redessine ce jardin en 1930.

 

L’ancien bâtiment des Archives municipales

Situé à l’angle des rues Garde-Dieu et Saint-Léonard, ce bâtiment construit en 1899 abritait les archives municipales (jusqu’en 1984). Il a été élevé à l’emplacement de l’ancienne église Saint-Léonard édifiée vers 1226.

 

Les bâtiments rue Garde-Dieu et rue de Strasbourg

En 1957, le chantier archéologique mené à l’occasion de la construction du bâtiment rue Garde-Dieu, a permis de dégager le rempart gallo-romain sur une soixantaine de mètres. Le sol du vestibule d’entrée du bâtiment rue Garde-Dieu garde en mémoire le tracé d’une des tours de l’enceinte antique.

Le bâtiment de la rue de Strasbourg a été élevé en 1979 sur les plans de l’architecte de la Ville Georges Évano.

Entrée principale de la mairie, il abrite le hall d’accueil et les services administratifs.

Le saviez-vous ? L’Hôtel de ville bénéficie d’un programme de restauration pluriannuel, mené par l’architecte de la Ville et son équipe. Il a permis le ravalement des façades de la cour d’honneur et leur mise en lumière, la rénovation de la salle du Conseil municipal, de la salle Aristide-Briand, la restauration de la rotonde Coutan, tout en répondant aux normes de confort, de sécurité et d’accessibilité.

 

L’hôtel de Monti

On ne trouve aucune trace dans les archives de la construction de cet hôtel particulier mais elle peut être datée du 17e siècle. En 1923, la Ville achète à Mademoiselle de Monti cette propriété demeurée dans sa famille pendant plus de 200 ans. Les Monti de Rezé étaient liés, entre autres familles, aux Barin de la Galissonnière. L’un d’eux disparut en 1788 au cours du naufrage de la frégate «L’Astrolabe» commandée par le navigateur La Pérouse.

2. L’hôtel Rosmadec

En 1653, Jacques Malherbe édifie dans le style Louis XIII cet hôtel pour César de Renouard, trésorier général des États de Bretagne, cousin de Nicolas Fouquet. Le célèbre surintendant des finances de Louis XIV y aurait séjourné à la veille de son arrestation par d’Artagnan, le 5 septembre 1661, place Saint-Pierre.

L’hôtel devient par la suite propriété des Rosmadec, famille alliée des Goulaine qui y attacha son nom, puis après la Révolution des Monti de Rezé, propriétaires de la demeure voisine.

Acquis par la Ville en 1923, suite à un échange avec l’école Saint-Pierre (qui s’installe en 1924 rue du Refuge), le bâtiment est restauré et aménagé à partir des années 30, sur les plans de l’architecte municipal Étienne Coutan.

La distribution intérieure se fait par un bel escalier à balustre, rénové par Étienne Coutan, où l’on distingue au dernier niveau une allégorie en ronde-bosse. Les réceptions et cérémonies ont lieu dans la salle Paul Bellamy située au rez-de-chaussée et récemment restaurée. Les mariages sont célébrés à l’étage supérieur dans la salle Waldeck Rousseau. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel de Rosmadec accueille le siège de la Défense Passive, organisme civil d’urgence et de secours. Les caves situées sous l’édifice servaient d’abri à la population lors des alertes et attaques aériennes.

Pour assurer la liaison entre l’hôtel Rosmadec et les autres bâtiments de l’hôtel de ville, Étienne Coutan y adjoint une remarquable rotonde d’inspiration « Art déco » ; en témoigne au sol le décor soigné du mosaïste Isidore Odorico, connu dans la région, entre autres réalisations, pour la maison bleue à Angers ou encore l’enseigne du magasin « Les Rigolettes » à Nantes.

Le dernier étage de la rotonde est orné de cinq fresques, qui outre une évocation allégorique de Nantes au 16e siècle, mettent en exergue les grands chantiers de construction menés par la Municipalité :

- le Champ de Mars (1937) situé à l’emplacement du siège social d’une grande banque (CIO/Crédit Mutuel), face à l’actuelle cité des Congrès, détruit en 1988.

- l’école de la Contrie (1936)

- l’école de Longchamp (1936)

- les réservoirs d’eau de la Contrie (1937)

 

3. Le Conseil Municipal

Le premier étage de l’aile occidentale abrite la salle du Conseil Municipal. Dépeinte en 1636 comme une « grande salle à festin pour cent convives », elle a rempli diverses fonctions au cours de son histoire. Plusieurs fois restauré, le décor actuel de la salle date de 1989 et le mobilier a été remplacé entre 2010 et 2012.

Constitué de 65 membres (élus au suffrage universel direct pour une durée de six ans), le Conseil municipal élit le maire et les adjoints. Il se réunit en séance publique cinq fois par an.

Le Conseil municipal vote le budget de la commune et décide de la gestion des affaires qui relèvent de sa compétence. Pour infos, les prochaines élections municipales auront lieu au printemps 2020.

Étienne Coutan, architecte de la Ville

Né dans le quartier de la butte Sainte-Anne en 1875, il y passe toute son enfance. Il entre en 1896 à l’École des Beaux-arts de Paris en section Architecture. Ayant remporté en 1902 le second Prix de Rome, il obtient trois ans plus tard le diplôme d’État d’architecte. Il entreprend alors un voyage en Europe puis se marie en 1906 avec Jeanne Laboureur, sœur du peintre-graveur Jean-Émile Laboureur. Il intègre en 1911 le service municipal d’architecture de Nantes, et devient en 1912 architecte en chef de la Ville. Cet amoureux du patrimoine pour qui «le végétal avait valeur d’architecture » a marqué de son empreinte la ville, qui lui doit nombre de réalisations - entre autres - la création de nombreux parcs et squares (Marcel Schwob, promenades de l’Hermitage et des douves du château...) et la construction de bâtiments parvenus jusqu’à nous (bains-douches et dispensaire de la rue Noire, ancien dépôt de tramway de la Morrhonnière...).

Étienne Coutan fut non seulement un grand architecte-urbaniste, un créateur d’espaces verts mais encore un visionnaire (projets d’une grande école de médecine et de pharmacie, d’un hôpital et d’un viaduc entre la butte Sainte-Anne et Rezé...). Il est décédé en 1963 à l’âge de 88 ans.

J'aime Bof